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10/12/2013

Entretien sur l’euthanasie avec la Sénatrice Muguette Dini (UDI)

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Je la contacte au sujet de la proposition de loi relative à l’assistance médicalisée pour mourir qu’elle a déposé le 5 juin 2013.

Voici en résumé le contenu de cet entretien.

 

Le temps des convictions

Dieu entre les lignes

Une de ses collègues lui dit un jour «il y a 2 types de personnes, ceux qui croient que leur vie appartient à Dieu et ceux qui pensent qu’elle leur appartient», la conclusion de la Sénatrice parait presque évidente «très bien, je ne décide pas pour eux, je ne souhaite pas que ceux qui pensent que leur vie appartient à Dieu décident pour moi!»

De son avis il y a deux éléments qui sont encore mal perçus, c’est que la réticence provient bien de convictions religieuses, et que les opposants à cette loi n’ont pas compris qu’on ne leur retire rien, il s’agit juste d’offrir le choix.

 

«A mourir pour mourir, je choisis l’âge tendre, à partir pour partir je ne veux pas attendre.» (Barbara)

Sans détour elle évoque un problème de santé l’année dernière, elle avait prévenu tout le monde que si cela s’avérait grave, il serait alors temps de partir. C’est sans tristesse qu’elle le dit, presque avec joie d’avoir eu une belle vie et de n’attendre que ce qu’elle peut lui apporter.

Par contre, elle est catégorique ce n’est pas au médecin de décider pour elle, et ce n’est pas aux enfants de faire partir le patient. Il faut que la loi encadre le suicide assisté, avec une législation comme la Belgique ou même comme la Suisse.

Bien sûr il faut offrir une clause de conscience pour les médecins, mais la Sénatrice est convaincue qu’il resterait assez de médecins pour accepter d’aider ceux qui le souhaitent à partir.

 

«On ne me voit jamais fanée sous ma dentelle.» (Barbara)

Chacun devrait pouvoir choisir, la question du suicide assisté est la même que celle de l’euthanasie.

Elle ne souhaite pas être dépendante, l’autonomie elle y tient, «j’ai toujours décidé, pourquoi ce serait différent, pourquoi serait-ce aux médecins de décider?»

 

Une volonté politique

Des convictions à la proposition de loi

En juin 2013 la Sénatrice, Présidente de la Commission Affaires Sociales, dépose une proposition de loi pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Elle est seule signataire de son groupe.

Mais elle n’est pas seule à soutenir ces propositions, les partisans de l’euthanasie peuvent compter de longue date sur le Sénateur Fischer (PC), sur le Sénateur Godeffroy (PS) et sur le Sénateur Fouché (UMP). C’est selon elle une question très personnelle, bien au-delà des partis politiques. Il y a des élus PS qui sont opposés à cette avancée.

Pour la Sénatrice qui s’exprime sans langue de bois, et avec une simplicité déconcertante de sa propre mort, la genèse du texte? «Il n’y avait pas de questions à se poser, c’est une  affaire de liberté individuelle.» D’ailleurs c’est bien sans le soutien de son parti qu’elle dépose cette proposition.

 

Quel regard porte-t-elle sur le projet de loi annoncé par le Président de la République?

«Après le mariage pour tous, il [le Président de la République] ne veut plus entendre parler de réforme de société.» Bien entendu, il faut voir ce que ça va donner, mais elle se méfie des «débats publics»! «Un débat public c’est quoi, on colle des affiches, on passe une annonce, et tous ceux qui souhaitent y participer peuvent venir! Ça ne se passe jamais comme ça!» Et sur la question des «conférences citoyennes» sa réponse est encore bien plus tranchée «on se moque de qui?»

Si nous étions restées sur ce point de la discussion, j’aurais sans doute eu un goût de déception en sortant du Sénat! Mais en allant plus loin, en évoquant les veilleurs, et les opposants qui pourraient manifester, elle a renchéri avec confiance qu’ «en face il y a l’ADMD» et que l’ «association saura mobiliser».

De plus cette réforme, contrairement au mariage pour tous, concerne vraiment tous les français, elle sera donc beaucoup mieux acceptée et beaucoup plus soutenue.

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Merci à la Sénatrice Muguette Dini de cet entretien.

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Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Actualités, Entretiens - Témoignages, Vers une loi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |

03/11/2013

Discours 2 nov 2013 - Place de la République

A l'occasion de la 6ème Journée Mondiale pour le Droit de Mourir dans la Dignité, l'ADMD a organisé des rassemblements partout en France et invité des élus, des artistes, responsables de l'ADMD et parlementaires à prendre la parole place de la République à Paris. Voici leurs discours.

(retrouvez ici l'album photo)

 

Journée Mondiale pour le Droit de Mourir dans la Dignité

 

 

 

Rémi Ferraud, Maire du 10ème arrondissement de Paris

Vidéo

Verbatim

«Merci Jean-Luc,
nous sommes en effet des élus du 10ème mais aussi du 3ème, du 11ème, nous partageons la place de la République, entièrement rénovée l’été dernier. Mais nous accompagnons votre combat pour le droit de mourir dans la dignité depuis bien plus longtemps. Et vous avez eu raison de choisir cette place, pour ce rassemblement aujourd’hui, parce que la place de la République c’est aussi la place de la liberté, la place de la laïcité, la place des valeurs d’égalité, de fraternité. Nous sommes heureux de pouvoir mettre à disposition cette place pour des combats, des combats pour des droits nouveaux,  un combat qui s’inscrit entièrement dans les valeurs de la République. Nous serons à vos côtés dans les mois qui viennent, nous espérons que le débat parlementaire permettra d’avancer, d’obtenir une véritable loi. Et nous serons toujours là pour vous accompagner, vous aider, vous encourager, et que les élus de nos arrondissements et de Paris, et Anne Hidalgo le dira, soient là pour vous aider dans votre combat qui est aussi le notre.
Bravo et merci, et un grand bravo à Jean-Luc qui se bat beaucoup.»

 

Danièle Hoffman-Rispal, Députée, Paris 6ème circonscription

Vidéo

Verbatim

«Merci Jean-Luc,
Petite angine alors ça va être dur de parler, mais on va essayer. Je n’ai pas grand chose à rajouter après toi, parce que je crois que tu as tout dit. Si ce n’est que de dire qu’effectivement l’engagement 21, il faut le tenir, et j’ajouterai : il y a un premier ministre Danois qui s’appellait Goren Kelsen qui disait «Il faut faire au pouvoir ce qu’on a dit dans l’opposition et il faut dire dans l’opposition ce qu’on fera au pouvoir.»

Donc il y a 2 ans (4 ans en réalité) avec le groupe socialiste, nous avons déposé une proposition de loi pour aller vers le Droit de Mourir dans la Dignité. La proposition de loi existe, il faut sans doute la retravailler 3 ans après, mais elle est là, elle a été signée par quelques ministres d’aujourd’hui, qui en était même responsables. Je peux les citer, il y avait Manuel Valls et Laurent Fabius entre autre (intervention de J-L Romero : «et Ayrault») et Ayrault, donc je considère qu’une proposition de loi qui a été actée, qui a été défendue, qui est passée à l’assemblée, une fois au pouvoir nous  pouvons la reprendre.
Même si nous savons qu’il y aura des hostilités, et bien allons y, haut les coeurs.»

 

Noëlle Châtelet, philosophe et écrivain

quelques soucis vidéos m'ont empêché de filmer tout le discours, je vous poste un extrait qui résume l'esprit de l'intervention.

Vidéo

Verbatim

«Nous ne mourons pas dans la fraternité, nous ne mourons pas dans l’égalité, nous ne mourons pas dans la liberté. Ces trois couleurs là il faut les défendre aussi avec la mort, pour la mort, pour une mort enfin digne. Et pour permettre à tous ceux qui veulent partir de partir quand ils l’auront choisi, comme effectivement des êtres civiques, libres, cosncients de leurs désirs, comme l’a fait ma mère, ma propre mère. Sans qui effectivement je n’aurais pas mené ce combat auprès de vous.»

 

Stone, Mario, Philippe Rauth, artistes

Vidéo

Verbatim

Stone :
«Moi je suis bien sûr de tout coeur avec Jean-Luc et tout le monde, ça fait des années que ça dure. Je suis extrêmement contente de voir que ça intéresse énormément de personnes.»

Mario :
«On nous avait dit que ce serait la fin du monde si jamais les femmes se mettaient à travailler, si jamais on avortait, si jamais les hommes pouvaient se marier, si jamais les enfants arrêtaient de travailler à 8 ans dans les usines. Les congés payés ça va être la ruine du pays, chaque fois on nous annonce les pires des catastrophes et puis finalement on s’aperçoit que ça touche combien quelques milliers de personnes sur 65 millions de français. Ils nous emmerdent toute cette bande de bons à rien, ils nous cassent les burnes. Excusez-moi! Mais ça suffit comme ça.
Laissez nous mourir peinards si on en a envie, si les gens n’ont pas envie de mourir ils ne meurent pas, et si ils ont envie de mourir, ils meurent et point final.
Il n’y a pas de quoi en faire un pataquès. C’est incroyable qu’il faille se disputer pendant des décennies pour arriver à des réformes aussi évidentes. C’est tout.»

Philippe Rauth :
«Bonsoir,
je vais être très court, je crois que si je ne me trompe pas je vais paraphraser Alphonse Allais, qui disait que la guerre est une chose bien trop importante pour la laisser à des militaires, je crois que le droit de mourir est une chose aussi importante, on pourrait oublier de la laisser aux médecins!»

 

Jacqueline Herremanse, Présidente de l'ADMD Belgique

Vidéo

 

Verbatim

Annonce de Jean-Luc Romero (Président de l’ADMD France)
«On aimerait bien avoir une loi comme les Hollandais, on aimerait bien avoir une loi comme  les Luxembourgeois, et pour nous c’est l’exemple, c’est la Belgique, c’est les Pays-Bas.
Jacqueline Herremanse»

Intervention de Jacqueline Herremanse (Présidente de l’ADMD Belgique)
«Merci Jean- Luc.
Je dois dire que quand on a eu la loi en Belgique, je n’y croyais pas.
Je n’y croyais pas, un Pays judeo-chrétien, avec un poids de l’Église tellement fort, on y est parvenu alors que vous... la République laïque Française (rires dans l’assemblée) vous tardez, il faut nous rejoindre. Et, je le dis parce que j’ai entendu Noëlle (Noëlle Châtelet) aussi parler, du fait que ce sont des combats d’arrière garde les pro-life! Et bien, figurez-vous qu’on a hérité de vos veilleurs! On a des veilleurs en Belgique maintenant! Ils veillent! Heureusement ils veillent le dimanche à 16h quand il y a beaucoup de parlementaires, le mardi à 19h quand il y a encore beaucoup de parlementaires, mais pour l’instant nous avons un vent mauvais qui vient de France! Et c’est pas le mistral, c’est pas la tramontane, c’est plutôt je dirais les odeurs des bûchers de l’inquisition, et ça m’inquiète. Ca m’inquiète parce que tous les trucs sont bons, toutes les manipulations sont bonnes.

L’euthanasie restera toujours une question difficile. Pour les médecins, qui doivent l’appréhender, pour la personne, qui demande l’euthanasie. C’est quand même pas rien, c’est pas un beau matin qu’on se réveille en se disant, «Ben qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui? Je vais demander l’euthanasie!» Non! Ce sont des décisions qui sont longuement mûries. Et quelque part, une amie me dit, elle le dit depuis 2 ans, l’euthanasie la fait vivre. Parce que pour l’instant les métastases sont en train de gagner le combat, mais entre temps elle se bat, parce qu’elle sait qu’il y a une porte de sortie, elle sait que c’est possible. Alors maintenant, n’écoutez pas ce qui se dit, le comité consultatif national d’éthique s’est discrédité. Il s’est totalement discrédité, par un avis baclé, faux sur tous les points. Il faut absolument que la France se ressaisisse! Que vous soyez entendus, que nous soyons entendus, parce que je ne vais pas utiliser les termes un peu triviaux, mais j’en ai quand même marre d’entendre des appels de français qui disent «est-ce qu’on peut venir en Belgique pour bénéficier de l’euthanasie?».

Je dis j’en ai marre, parce que ça pose des problèmes, c’est pas facile de dire non. C’est vraiment pas facile quand vous entendez la mère d’un garçon qui est atteint de la sclérose en plaques, qui n’en peut plus, et son médecin lui dit «non je ne peux rien faire». Quand vous entendez aussi Damien (Damien Delmer), que vous connaissez, qui avec courage s’est toujours occupé des autres, et qui quelque part maintenant devrait surtout s’occuper de lui. Mais quand vous entendez Damien, jusqu’à présent il n’y a pas de solution en France, il a son courage qui le tient, c’est tout!
Alors, à quand... à quand la proposition numéro 21...

et attention au piège car j’ai entendu qu’on était en train de diluer, et que ça va devenir quelque peu un Leonetti amélioré, alors la non (on entend des grondements, sifflements et des non dans la foule).
Bonne Chance»

Jean-Luc Romero
«Merci Jacqueline.
Nous avons déja affirmé que nous ne voulons pas d’une loi Léonetti de gauche.»

 

Anne Hidalgo, première adjointe à la Mairie de Paris

Vidéo

Verbatim

«D’abord avec vous, avec vous tous depuis longtemps, je porte ce combat. C’est un combat citoyen et nous avons besoin, cela a été dit, d’une loi. C’est à la loi de la République de régler les questions des femmes et des hommes. Cette loi, c’est une loi que nous voulons pour l’égalité, et c’est une loi de liberté. Nous avons porté beaucoup d’autres combats, d’autres avant nous ont aussi porté ces combats, et en leur mémoire nous continuons.
Je pense bien sûr que la loi, cette loi de liberté et d’égalité qu’a été la conquête du droit des femmes à disposer de leur corps, et notamment de l’avortement, c’est un droit fondamental qui a été gagné de haute lutte et qui s’inscrit dans la recherche d’égalité, dans la recherche de liberté. Plus récemment, le mariage pour tous, c’est aussi au nom de l’égalité que nous nous sommes retrouvés pour défendre cette loi.
Et ces lois, et maintenant le droit à mourir dans la dignité, qui est la dernière grande conquête qu’il nous reste à accomplir, ici en France. C’est une loi que nous voulons, qui ne s’oppose à rien, elle ne s’oppose pas aux convictions de celles et ceux qui ne voudront pas en faire usage. Elle ne s’oppose pas à celles et ceux qui estiment que le droit de mourir dans la dignité c’est de correspondre, d’être en eccho avec une confession, avec une religion, avec une philosophie.
Nous ce que nous voulons, c’est la loi pour toutes et tous. Cette loi qui permettent justement que ce ne soit pas ceux qui ont les moyens d’informations ou les moyens financiers qui s’en sortent le mieux, mais une loi qui protège l’ensemble de la population en ouvrant cette liberté à toutes et à tous. Et donc ce combat, nous allons être bien sûr, aux côtés des parlementaires pour le porter avec l’association ADMD.
Mais, nous sommes ici à Paris et je suis entourée de beaucoup d’élus parisiens, et de citoyens engagés, comme ceux qui sont devant nous ici aujourd’hui. Paris, nous nous sommes toujours mobilisés. Les élus qui sont là, autour de Bertrand Delanoë, cette majorité municipale depuis 2001, s’est toujours engagées pour les combats pour la liberté et pour l’égalité. Dans ce combat pour le Droit de Mourir dans la Dignité, nous ne vous manquerons pas, nous serons vos porte-paroles. Et c’est vrai que la parole de Paris est une parole importante nous avons conscience de cela, parce que c’est dans cette ville que beaucoup des combats pour la liberté et pour l’égalité, beaucoup des combats qui ont fait naitre la République, qui ont permis justement d’avoir cette Démocratie aujourd’hui, beaucoup de ces combats sont nés ici. Et nous, je peux parler au nom de mes amis qui sont aujourd’hui autour et qui sont élus dans les conseils de Paris ou les conseils d’arrondissements, nous nous sentons les héritiers aussi de ces combattants. De celles et ceux qui à Paris ont dit, là c’est vrai nous sommes peut-être un poste à l’avant garde. Un poste à l’avant garde qui nous permet de dire, haut et fort «regardez comment on vit aujourd’hui à Paris, regardez comment le fait de vivre dans nos différences est quelque chose de très positif.
Vivre dans nos différences en respectant l’autre, c’est bien sûr respecter les confessions des uns et des autres, les convictions de chacun, mais c’est avant toute chose faire en sorte que la loi de la République soit la loi des femmes et des hommes. C’est ce que nous revendiquons pour ce droit de mourir dans la dignité, je vous remercie.»

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Les intervenants ont été invités par l'ADMD, il n'y a dans cet article aucun penchant partisan pour un parti politique. Ces vidéos sont retranscrites dans le cadre de ce blog sur la question de la fin de vie et de l'euthanasie.

Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Actualités, Informations, Vers une loi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |