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22/06/2014

Léonetti encore, encore, encore... et toujours !

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Manuel Valls (PS), premier ministre, a nommé Jean Léonetti (Député UMP) et Alain Claeys (Député PS) pour une énième mission de réflexion sur la fin de vie.

 

 

 

Pourquoi une nouvelle mission de réflexion sur la fin de vie?

J'ai envie de répondre, par manque de courage! Il se trouve que l'affaire Vincent Lambert, relance le débat sur la loi Léonetti (22 avril 2005) et sur l'euthanasie. La loi actuelle (loi Léonetti) a clairement montré ses limites et ses failles.

L'actualité brulante : le procès Bonnemaison et l'affaire Vincent Lambert

La France voit en ce moment se dérouler le procès du Dr. Bonnemaison, accusé d'avoir pratiqué des actes euthanasiques, sans le consentement de ses patients (mais sans qu'aucune plainte de famille n'ait été déposée) et l'affaire Vincent Lambert qui bouscule l'opinion publique.

Cette "affaire" qui émeut les français est celle d'un jeune homme coincé dans un coma, un état irréversible, sans possibilité d'évolution, dont la femme et le frère souhaitent faire appliquer la volonté : laisser partir. Un droit prévu par la loi Léonetti, cependant les termes de cette loi, et la famille (notamment la mère) ultra catholiques refusent de laisser partir le jeune homme, maintenu artificiellement en vie.

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Illustration de Nawak

Une histoire qui se répète

C'est dans ce contexte que le gouvernement se sent obligé de lancer une énième mission de réflexion sur la fin de vie, comme leurs prédécesseurs :

- en 2005 la loi Léonetti faisait suite à "l'affaire Vincent Humbert"

- en 2008 l'examen de la loi Léonetti (par Jean Léonetti lui-même) faisait suite à "l'affaire Chantal Sebire"

pour en savoir plus.

 

Une mission de réflexion... ou comment gagner du temps!

1142024094.jpgUne mission de réflexion, c'est bien, me direz-vous! Cependant ce n'est pas la première mission de réflexion, celle-ci parait être un moyen de gagner du temps, encore et encore!

En effet, depuis la proposition 21 du candidat François Hollande, nous avons vu :

- en décembre 2012 le rapport de la mission de réflexion du Professeur Sicard (qui avait planché sur la question en 2000 en tant que Président du Comité Consultatif National d'Éthique)

- en 2013 un premier avis du CCNE,

- suivi d'une consultation d'un panel de citoyens (favorable au suicide assisté) ont les résultats ont été peu diffusés

- un second avis du CCNE en 2014

- et une nouvelle réflexion de cet organe consultatif

... et enfin une nouvelle mission de réflexion est nommée il y a quelque jour... avec Jean Léonetti et Alain Claeys !

 

Les députés Jean Léonetti et Alain Claeys !!!

Jean Léonetti,

en 2005 à l'initiative de la loi du même nom, est un cardiologue qui a été considéré comme une référence sur la question de la fin de vie! Une référence qui a fini par confisquer le débat et proclamer lui-même sa loi comme une loi de consensus!

La même personne qui a déclaré dans "Le Point" avoir débranché des patients en réanimation afin de libérer des lits !

La même personne qui a fait l'évaluation de sa propre loi.

La même personne qui a déposé une proposition de loi en 2013 pour demander que sa loi soit confortée et légérement renforcée, et ce malgré des drames comme celui de Vincent Lambert ! ! !

Pour noyer le débat, pas de meilleur choix !

 

Alain Claeys,

député PS, spécialiste des questions de bioéthique et d'éducation, a été signataire de la proposition 1960, de 2009. Cette proposition de loi pour le Droit de Mourir dans la Dignité a été initiée par le groupe PS de l'époque, mené par Jean-Marc Ayrault et dont le rapporteur était Manuel Valls!

Jusqu'ici cela n'a pas été annonciateur de courage et de volonté d'avancer sur la question de la fin de vie.

 

Qu'attendre d'une telle "mission"?

Autant être clair, pas grand chose!

- les personnes qui ont la charge de mener cette mission de réflexion ont déjà planché sur le sujet: Aux mêmes causes les mêmes effets!!!!

- le terme même mission de réflexion, même si elle aboutit à la conclusion qu'il faut légaliser l'euthanasie (le suicide médicalement assisté, etc), demanderait plusieurs mois pour recréer un projet de loi, puis plusieurs mois pour le voter!

 

Cette nouvelle mission de réflexion sonne presque comme un aveu de ne pas souhaiter légiférer sur le droit de mourir dans la dignité. Souhaitons que le Conseil d'État libère Vincent Lambert, et que l'Histoire nous donne tort... mais l'espoir ne suffit certainement pas... restons mobiliser pour demander le choix pour notre vie, notre corps, notre mort!

Il est également temps d'interpeller nos députés !

__________

Pour en savoir plus :

- Le point sur les lois encadrant la fin de vie

- Que dit le rapport du jury citoyen

- La proposition 1960 (proposition du groupe socialiste, 2009)

- Le conseil d'état va se réunir sur le cas Vincent Lambert

 

Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Actualités, Réflexions personnelles, Vers une loi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |

10/10/2013

Le sens de l'agonie?

Il n’est qu’un sens à l’agonie, celui qui va vers la mort. Il n’est point de retour, il n’existe que des détours offerts par la médecine pour arriver au même point, au même but, à la mort.

Le sens de l’agonie ! Sa direction, sa signification, son ressenti ? Les trois s’en trouvent modifiés en fonction de nos convictions et de ce « je ne sais quoi » qui fait de nous des individus, des êtres humains uniques ! Certains portent et projettent leurs convictions sur la société, or il ne faut céder à ces extrêmes (ni croire parce qu'elles sont plus présentes, qu'elles correspondent à l'opinion de la majorité), ni aux idéologies qui ne correspondent pas à cette société ! C’est aussi cela la Démocratie.

nawak,agonie,sens,euthanasie,souffrance,solitude,spiritualité,signification,jésus,chrétiens,catholiques,fin de vie,suicideCe moment dont nous ont tant parlé le député Léonetti et les médecins auditionnés par les missions de réflexion, peut être un temps pour retrouver Dieu, pour accepter la mort. Ce pour la famille et pour la personne en train de mourir, un temps nécessaire parfois !

Mais qu’en est-il de ces impies non croyants et ceux qui ne souhaitent pas de ce moment là ? Un temps rendu plus long par la science, psychologiquement plus douloureux et toujours plus solitaire !

 

ci dessus, illustration de Nawak,

de propos entendus à l’Hôpital

 

Mais aussi un temps de souffrances… de solitude… l’agonie qui se prolonge est loin de se résumer à l’accomplissement d’un devoir spirituel.

 

L’arrivée des rites : se rassurer

Selon Edgard Morin (Le paradigme perdu : la nature humaine, Seuil (Points), 1973, p. 107-111) les premiers rites funéraires chez les néanderthaliens et les sapiens nous apprennent la prise de conscience du temps et de la transformation. Ils nous renseignent également sur la mise en place d’un « appareil mythologico-magique » et d’un nouvel « épicentre qui est la conscience de soi ».

Cet « appareil mythologico-magique » est mis en place tant pour contrer la violence de la transformation, qui éveille chez les vivants la souffrance de la perte et la volonté d’une « amortalité individuelle », que pour se prémunir de l’irritation du mort. Il y a donc à la fois une croyance de la perte et de la transformation, qui impacte les vivants.

Se mettent alors en place des rites funéraires, reconnus pour leur efficacité ils sont répétés et reproduits pour endiguer la souffrance des vivants et honorer les morts. Pour Jean-Pierre Bayard ces « rites commencent avec l’agonie ».

 

L’agonie au XIXème siècle : un cérémonial orchestré par le mourant

Philippe Ariès (L’Homme devant la mort, tome II, Seuil, 1977) nous apprend que jusqu’au XIXème siècle c’est le mourant qui décide, qui préside la cérémonie publique de la mort. Celui-ci est assisté par le médecin et le prêtre, pour le respect du protocole de ce cérémonial rythmé. Jusqu’à la fin du XVIIIème on entrait librement dans la chambre du mourant, qui était envahie de personnes ayant vu le cortège entrer, les enfants sont présents ils ne sont pas écartés de cette mort et le caractère dramatique et émotionnel n’a pas cours comme c’est le cas de nos jours.

La mort est considérée, jusqu’à notre époque moderne, on s’y soumettait, et on l’intègrait dans les cérémonies, réglées par la société et le cadre religieux. Jusqu’aux années 30 la mort donnait lieu à une cérémonie quasi publique rythmée par le mourant, la famille et les amis étaient réunis autour du lit, qui suivaient tous les épisodes d’une agonie souvent très douloureuse mais courte.

 

La solitude du mourant aujourd’hui

Aujourd’hui deux grands changements semblent avoir transformé ce cérémonial invitant les proches à assister l’agonie, la dépossession de lui même du malade et la durée de ce moment. En effet la médecine a fait de tels progrès que l’agonie se prolonge, des jours, des semaines, des mois, quand elle ne durait que quelques heures ou quelques jours.

De plus la famille, le médecin et parfois le prêtre (ou autre référent religieux) agissent comme si le malade n’était pas là, n’avait pas le droit de décider, ne devait pas même savoir que la fin s’approche, ce n’est que lorsqu’il sombre dans l’inconscience qu’ils veillent l’agonisant en acceptant qu’il va mourir. Le malade n’est ainsi pas informé de l’issue fatale de son état, il est d’autant plus seul dans le silence et dans le refus de la mort. Il n’a plus le temps comme il était coutume de s’occuper de ses affaires, comme le « riche laboureur » de la fable de la Fontaine « sentant sa mort prochaine », l’on est malade, jamais mourant.

 

La solitude du mourant dans notre société est tant dans cet état psychologique et de mise sous tutelle que physique et réelle.

Pour revenir à la question de l’agonie et de son sens, comme se questionne A.Kahn (l’ultime liberté ?, éditions Plon, 2008, P 94), elle n’est pas liée au patient mais bien à l’entourage qui intègre l’agonie dans son rituel pour se rassurer de la mort.

Mais alors à qui sert l’agonie des 75%  (85% en IDF) de personnes qui meurent à l’hôpital, dont 76% meurent seules, sans la présence de leurs proches.

En 1960, elles n’étaient que 30% à mourir à l’hôpital. (Enquête nationale de 2005 sur la prise en charge des malades en fin de vie.)

Ce qui n’est pas vu par les « vivants » et est vécu comme un échec par l’équipe médicale, sert-il encore le rite funéraire ?

Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |

08/10/2013

L'euthanasie jusqu'où... un documentaire ou un pamphlet?

La face cachée du documentaire pamphlet sur les dérives de l'euthanasie en Belgique !

 

Sur notre cher Internet, un documentaire nommé "l'euthanasie jusqu'où" est diffusé! Celui-ci est censé porter sur les dérives permises par la légalisation de l'euthanasie en Belgique! Un documentaire qui semble arriver à point nommé au moment où les États Généraux sont organisés par le CCNE...

Que ce soit dans le rapport Sicaeuthanasie, belgique, documentaire, droit, loi, commission, dérivesrd, dans la mission parlementaire pré Léonetti et la post Léonetti... on nous parle toujours des dérives de l'euthanasie en Belgique! Soit... je veux bien croire qu'il y a des dérives! Il faudrait être aveugle ou idiot pour croire qu'il n'y en a jamais! Mais essayons d'aller plus loin que les amalgames et clichés et de comprendre ce qui se cache derrière ce "documentaire"!

 

Un documentaire "censuré" nous apprend Nouvelles de France... hummm... C'est vrai que ce papier auto déclaré conservateur libéral crie à la censure chaque fois qu'un documentaire n'est pas diffusé sur une chaine de grande écoute en prime time !!!

 

1- Un travail de journaliste d'investigation, un devoir d'enquête et de réflexion en profondeur?

Ce film présenté comme un documentaire, résultat d'un travail d'investigations sur le terrain, revêt-il vraiment les critères de ce qu'il annonce être?

Tous les témoignages ont été scrupuleusement analysés, sourcés, étudiés, comparés, recoupés,...

Ne nous laissons pas berner par la présentation plutôt négative d'un médecin pro euthanasie qui nous parle de procédure longue, qui respecte la loi, alors même que le documentaire nous enjoint de croire que ce n'est pas la réalité des pratiques! Pourquoi le journaliste si suspicieux ne s'est pas rendu en caméra cachée? En 2 ans d'investigations personne n'y est mort dans des conditions suspectes qui auraient pu laisser le journaliste s'introduire ou remettre des lunettes dotées d'une caméra à un membre de la famille de la pauvre victime?

Ce pour montrer la qualité d'écoute du journaliste qui a bien pris soin d'aller voir toutes les parties prenantes...

Je n'y ai vu aucun candidat à une euthanasie, aucune famille qui a été soulagée, car cela arrive dans la plupart des cas, sans le Pr. Puy Basset on pourrait presque croire qu'il n'y a que des comédiens et des fervents opposants sans nuances à la légalisation de l'euthanasie! (Je ne me permets pas de douter de la sincérité des témoins, mais le documentaire de façon générale me semble mis en scène avec un éclairage unique!) Certes le journaliste d'investigation est là pour ouvrir les yeux sur les affaires troubles, sur les doutes et affaires cachées !

2 ans d'enquête, mais alors peut-on savoir : Quelles suites ont été données à l'affaire de meurtre, qui n'a rien à voir avec l'euthanasie osons le dire, de la femme au visage floutée?

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La bonne question? Hummmm... 32 ème minute le journaliste s'adressant à une infirmière :

" C'est à dire aujourd'hui vous dîtes que, vous vous avez plusieurs de vos collègues qui ont 50 ans qui sont infirmières qui ont peur parce qu'elles savent que si elles tombent malades, elles risquent d'être euthanasiées"

réponse : "Pas qu'elles risquent d'être euthanasiées mais d'être mal soignées et peut-être d'en arriver à préférer disparaitre"

Je ne crois pas, Messieurs, que ce que vous souleviez ce sont les dérives de l'euthanasie, mais plutôt l'incapacité de l'État de mettre en place des contrôles réels et une carence énorme et inacceptable des soins et de la formation des soignants!!!

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Peut-on avoir l'adresse du lieu de tournage,

Les enquêtes d'Hercule Poirot et le Cluedo cherche un nouveau lieu inquiétant?

 

 

Je m'égare? Ha oui... revenons aux journalistes...

 

Les journalistes d'investigation...

Alors ce journalisme d'investigation? Comment ça se passe?

Documentaire mené et réalisé par TProd, qui a fait de nombreux films sur la religion et qui, a à sa tête, Pierre Barnérias !

Ce nom ne vous dit rien? Qu'à cela ne tienne, allons voir la biographie du Monsieur, sur le "site officiel" du documentaire ! On apprend comment ce "journaliste de terrain" qui a travaillé pour de très respectables rédactions françaises a fait de l'"investigation" sont "domaine de prédilection"! Bien!

Que dire des autres sites, qui nous rappelle qu'il est également à l'origine de la vidéo qui "démontrait" que "la préfecture de Police avait sciemment retouché les photos de la manif pour tous" offrant à Frigide Barjot la possibilité de porter plainte! Voici la réponse, prouvant l'intégrité des documents vidéos fournis par la préfecture! Peut-être y a-t-il eu des erreurs volontaires ou involontaires de comptages des manifestants, j'en conviens, mais la théorie du complot prend un peu l'eau!

Alors, non je n'ai rien contre le fait que le Monsieur ait des convictions, ni même qu'elles entrent en collision avec les miennes... ce qui me dérange c'est l'illusion de travail journalistique et le qualificatif d'investigation apposé au terme "journalisme"!

T Prod

Le journaliste, Pierre Barnérias, n'est nul autre que le directeur de T Prod!

Bien, mais que fait T Prod lorsqu'il ne fait pas une enquête d'investigation sur les dérives de l'euthanasie en Belgique?

Un petit aperçu de la liste des productions TProd (dont je ne juge pas a priori la qualité, quitte à me répéter, mais je questionne la qualité documentaire et le journalisme qualifié d'investigation) :

  • Il était une foi
  • Sous peine d'innocence
  • Face à Face
  • Sœur Cyclone
  • L'impensable réconciliation
  • Un silence révolutionnaire
  • Afghanistan, mon amour
  • Le curé du Bronx
  • La Marche dans le ciel
  • Graines d'espoir
  • Passeurs d'Espoirs
  • Chrétiens d'Irak
  • Au nom d'Allah
  • Les gardiens de la paix familiale
  • La secte oubliée
  • Chasse gardée

 

Le journalisme d'investigation...

Il est vrai que nous n'avons pas pléthore d'exemples en France, bien que ce genre semble enfin trouver des adeptes!

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Mais quand je regarde un reportage ou documentaire dit d'"investigation" on soulève un problème que personne ne semble avoir soulevé! Ce qui veut dire qu'en général on évite les effets d'aubaine et on ne traite pas d'un sujet déjà tranché par les politiques (rappelons le consensus des précédents législateurs en la matière, et des principaux orateurs sur la question, Emmanuel Hirsch, Jean Léonetti, Régis Aubry, Rapport Sicard, etc...) qui ont évalués des dérives en Belgique! Soit, elles n'ont pas été prouvées à la population, un documentaire peut s'avérer pertinent.

Quand je regarde, par exemple cash investigation, ils ne reculent pas devant le fait de montrer des noms, de revenir en caméra cachée, de confronter les documents aux images tournées, ou même aux interwievés! Est-ce par volonté de simplification du documentaire que vous n'avez pas exposé les preuves et la méthodologie? Par manque d'images? Par manque d'opportunités? Ou... j'en suis curieuse!

 

Je ne saurais que trop conseiller à ceux qui souhaiteraient se lancer dans une telle aventure de se documenter et de visionner d'autres documentaires! Et de relire ce petit livret de l'UNESCO sur la méthodologie de l'enquête par Hypothèses! Lancez-vous, vous ferez sûrement mieux que "l'euthanasie jusqu'où?" !

 

2. De la pertinence du témoignage...

Bien que le titre soit rédigé comme tel, je n'ai pas la prétention de vous rédiger un essai... mais nous avons tous la capacité de sentir la faiblesse de certains témoignages (ou nous sommes tous pourvus du bon sens qui nous permet de reconnaitre la vérité lorsqu'elle se présente à nous, pour paraphraser un certain Descartes)...

Pourquoi tuer le Pépé, d'Exbrayat ! Preuve des dérives de l'euthanasie...

exbrayat, pépé, EHPAD, vieux, euthanasie, dérivesQue penser de cette femme au visage flouté, s'exprimant comme on conte une histoire, qui nous relate le meurtre de sa sœur? Si je ne me permets pas de mettre en doute son existence et son témoignage, et encore moins sa souffrance... ce témoin me pose problème!

En quoi ce témoignage nous éclaire sur la légalisation de l'euthanasie? 2 personnes qui forcent leur mère à se droguer pour la faire interner et l'euthanasier! Quelque soit le pays et la législation, cela s'appelle un meurtre, légalisation de l'euthanasie ou non! Enfin tout du moins dans les pays dans lesquels j'oserais mettre les pieds, et la Belgique me semble ma foi l'un de ceux là!

 

 

Le personnel soignant...


À 30:30mn dans le reportage

Pareillement que penser de cette infirmière qui raconte ce qu'elle a vu de si douloureux! Elle semble parler de pratiques euthanasiques, ou plutôt de dérives, et par la magie du montage elle se retrouve à évoquer le manque d'écoute des volontés du patient et l'acharnement thérapeutique!


À 45:00mn dans le reportage

Que penser de ces 3 personnels soignants féminins, qui semblent travailler dans une USP (Unité de Soins Palliatifs) française (oui je souligne que les présentations et transitions sont un peu courtes et de nature à décrédibiliser les témoignages), aux yeux écarquillés, priant peut-être pour qu'on ne leur pose pas certaines questions? Elles sont en soins palliatifs, elles vous parlent de vie et d'humanité, merci...

J'en profite pour souligner que c'est en effet des services et soins nécessaires, qu'il faut encourager et développer, la loi prévoit pour cela des plans de développement des soins palliatifs depuis 1999 (Loi Kouchner) ! Mais que malheureusement aujourd'hui en France, il n'existe pas assez de lits dévolus à ces soins, pas assez de formation dans les services classiques et en EHPAD (dont, rappelons le, seulement 14% sont pourvus d'une infirmière de nuit, Observatoire National de la Fin de Vie, étude menée entre le 1er janvier et le 31 décembre 2012) à la culture palliative.

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Ne pas parler de la mort...

D'un air effrayé ces personnels soignants répondent au journaliste, qu'elles ne sont là que pour parler de la vie et pour permettre aux patients de profiter de ces derniers moments de vie! Alors là oui, je suis d'accord! Mais tout de même! Ne devraient-elles pas aussi être formées à parler de la mort? Aucun patient n'aborde jamais la question? Aucune famille éplorée ne vient demander des informations?

Pourquoi l'une d'entre elles nous raconte qu'après avoir expliqué la loi Léonetti (en plaçant au passage qu'on ne souffre pas en fin de vie, et notamment grâce à cette loi! Que j'aimerais vivre chez Amélie Poulain! Tous les cas ne se déroulent pas de la même manière!) à ses interlocuteurs, ils changent d'avis et disent de l'euthanasie : "ce n'est pas la première des bonnes solutions"! Mais qui a dit que c'était la première? Qui a parlé de "bonnes solutions"? ... De réponse ou de soin adapté... peut-être!

 

Opposer les soins palliatifs à l'euthanasie...

Et cette obstination qu'ont ces témoins et le Pr.Hirsch à opposer soins palliatifs et euthanasie! A ne parler que des dérives! De pente glissante! Pire, d'IVV : Interruption Volontaire de Vieillesse!

Je les défie de prouver avec de vrais arguments que des partisans de la légalisation de l'euthanasie, comme moi, comme certains d'entre vous, souhaitent substituer l'euthanasie aux soins palliatifs!

Les 2 premières demandes de l'ADMD contrairement à ce que le documentaire "révèle", c'est le respect de la loi déjà en place à travers l'écoute des volontés des malades et l'accès universel aux soins palliatifs! En effet il est vrai que les soins palliatifs se développent en France! Mais si vous n'avez pas la chance d'être en région parisienne ou près d'une grande ville, et que vous avez besoin de soins palliatifs, je vous souhaite que la chance soit avec vous! Seuls 80 à 85% des personnes qui auraient besoin de soins palliatifs n'y ont pas accès aujourd'hui en France! Problème d'ailleurs soulevé dans le documentaire par l'infirmière belge!

 

3. Les vérités que soulèvent le documentaire

Je ne suis pas de mauvaise foi et peut reconnaitre des arguments ou des éléments censés, quelque soit la personne qui les prononce! Enfin presque! (J'espère qu'aucun de mes proches ne me lit... il va me falloir faire preuve de tolérance désormais !)

 

Le manque de formation


Je parlais donc des soins palliatifs, en effet indirectement ce documentaire soulève le problème des soins palliatifs! Le Pr. Hirsch fait une belle description de ces soignants qui tentent de donner de la vie et du lien jusqu'au bout de la vie! Mais il faut aussi constater qu'il y a un cruel manque de formation. D'une part sur la mort pour les palliativistes, mais aussi sur la loi Léonetti. Je vous invite à lire le témoignage du sociologue Philippe Bataille qui décrit dans son livre, À la vie à la mort, des situations de détresse et de non respect de la volonté du patient et de la loi Léonetti en service palliatif.

Un autre manque de formation, celui des autres services médicaux, que ce soit les urgences, services d'oncologie, ou les autres, sur la culture palliative et sur la loi Léonetti!

On nous parle de dérives en Belgique, il est dit dans le documentaire qu'un cas d'euthanasie sur 2 ne fait pas suite à la demande du patient, mais que dire des malades contraint au stop and go, qui subissent l'acharnement thérapeutique (12% selon l'étude INED, nov 2012), ou les 4 000 français euthanasiés illégalement sans que leur volonté ne soit connue (même rapport INED)????

 

Le contrôle

contrôle, euthanasieIl me paraît effectivement effarant, si tel est réellement le cas, que le médecin remplisse seul le dossier. Mais la loi prévoit en réalité un autre avis médical. Il me paraît aussi surprenant que la commission ne pousse pas et n'ait pas les moyens de pousser plus ses contrôles, ou même qu'elle ne puisse pas donner un second avis!

Mais c'est ce qui risque d'arriver si nous continuons à ne laisser parler que les médecins dans ce débat! En effet, ce sont eux qui ont fait les missions parlementaires qui ont mené à la loi Léonetti, ce sont eux qui ont fait les missions d'évaluation, eux qui composeront seuls une éventuelle commission d'évaluation des euthanasies!

En clair une loi doit être accompagnée de décrets d'applications, de moyens, de mesures pour son application et son respect! La justice, la médecine et les parlementaires n'ont pas à être confondus, ils doivent respectivement faire appliquer la loi, l'appliquer et la créer.

 

 

4. Des arguments savonneux pour se faire mousser!

Le législateur

Le documentaire nous donne à voir la soi disant faiblesse de la loi, l'incapacité des législateurs à border cette loi et la connivence du législateur avec les médias.

élus, législation, démocratie, euthanasie1. S'il est vrai que nos politiques aiment à se dorer la pilule en compagnie des journalistes, on ne peut toutefois pas prêter une connivence si forte entre les journalistes et le pouvoir ! Car depuis 10 ans, depuis l'affaire Humbert, il paraît que les journalistes ont un avis favorable sur l'euthanasie.

Parallèlement nos députés et sénateurs ont tenté de déposer des lois (de gauche comme de droite), le Président Sarkozy lui-même a tenté de réévaluer la question, vite renvoyé dans ses buts par des médecins et professeurs. La proposition 21 a eu lieu et pourtant le Pr. Sicard ne parlait que d'exception d'euthanasie et l'avis 121 (bien plus mitigé qu'on nous l'a fait croire) du CCNE était négatif sur la dépénalisation de l'euthanasie.

2. Quant à la question de la faiblesse de la loi et des possibilité de dérives, doit-on renoncer aux lois d'avancées sociales et de liberté sous un prétexte fallacieux que les législateurs pourraient mal penser les modalités de contrôle et que des dérives pourraient survenir!

De plus je ne connais pas une loi sans dérive et sans contrevenant, sinon pourquoi nos prisons seraient pleines? Pensez-vous pour autant à retirer les lois? Cet argument n'est qu'un aveu d'impuissance d'un État à faire appliquer ses lois, il n'est pas audible par un citoyen épris de justice et de démocratie.

Et que dire des 0,8% de personnes euthanasiées illégalement en France? De ces 4 000 personnes euthanasiées en dépit de leur choix? Je ne pense pas que l'on puisse imputer à la légalisation de l'euthanasie, les dérives présentées dans ce "documentaire"! Je ne nie pourtant pas qu'il puisse y en avoir, elles sont le fait d'Hommes et de Femmes et non d'une loi et des citoyens qui souhaitent la liberté de choix ! ! !

Il appartient au législateur de faire une loi et des décrets pour une application efficace de la loi, éviter les dérives le plus possible. Mais le citoyen peut et doit rester vigilent et tirer la sonnette d'alarme!

La pente glissante

Et la pente glissante si souvent invoquée, qui nous dit qu'un pied mis sur la planche savonneuse nous entraîne systématiquement en bas? Mais a-t-on si peu foi en l'Homme et en la société qu'on lui empêche tout avancée et qu'on conserve nos bornes antérieures, au détriment du progrès, pour lui éviter de finir dans la déchéance et de péricliter? La pensée et les choix de l'Homme sont-ils à ce point déterminés qu'il faut lui retirer le droit de choisir et d'agir en Démocratie, sous prétexte qu'il entrainera la chute de la société par un seul acte sans pouvoir s'arrêter ou retourner en arrière?

Sur cette question de la pente glissante, ou pente fatale, je vous invite à lire Jean-Yves Goffi, Penser l'euthanasie.

 

5. Besoin de plus d'informations : Demande via Facebook

J'avoue que je suis curieuse, je veux comprendre comment on produit un tel documentaire! Si il y a des raisons à toutes les questions que je me pose! Ça ne peut pas être de l'amateurisme tout de même! Allez voir les réponses et le suivi des discussions sur Facebook...

- Page TProd

- Page l'euthanasie jusqu'où

 

_______________

Enfin, pour en revenir à ce documentaire, chacun a le droit de le voir, mais en connaissance de cause! Il serait logique que ceux qui présentent ce documentaire ne se targuent pas d'objectivité et d'un travail d'investigation! Le documentaire n'est pas inintéressant, il doit être regardé pour ce qu'il est! Il s'agit là d'un "pamphlet" contre la légalisation de l'euthanasie, qui met en scène des amalgames et des dérives peu représentatives de la réalité Belge (voir d'ailleurs la lettre des médecins Belge.)

 

Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Actualités, Réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |