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08/09/2014

L'exil de Nicole Boucheton pour mourir dans la dignité

jean léonetti, alain claeys, nicole boucheton, proposition 21, euthanasie, fin de vie, exil, suisse, avis de décès, ouest-france, suicide assisté, lettre posthume, ADMD, jean-luc romeroLe 7 août 2014, la Vice Présidente de l'ADMD (association pour le droit de mourir dans la dignité), s'est éteinte selon son souhait.

À 64 ans, atteinte d'un cancer du rectum, sa dernière option pour partir selon ses volontés a été l'exil en Suisse, qui permet le suicide assisté.

 

La lettre posthume de Nicole Boucheton (Source : blog mediapart de Nicole Boucheton)

jean léonetti, alain claeys, nicole boucheton, proposition 21, euthanasie, fin de vie, exil, suisse, avis de décès, ouest-france, suicide assisté, lettre posthume, ADMD, jean-luc romero"Je suis atteinte d’un cancer du rectum. Lors du diagnostic, le seul traitement curatif était chimio, tomo-thérapie puis chirurgie : colostomie. J’ai refusé la chirurgie car trop mutilante : l’anus artificiel qui me condamnait à une vie dans des conditions que je juge, pour moi-même, dégradées et inacceptables, limitant considérablement mes activités, activités qui font ma vie.

J’ai accepté les traitements de chimio et tomothérapie. J’ai obtenu un répit de 5 mois. Puis ce fut la récidive. Risquant une occlusion intestinale d’un moment à l’autre, les médecins ne m’ont donné qu’un seul choix, l’hospitalisation pour y pratiquer des soins de confort.

Vous avez dit LIBERTÉ ?

Alors j’ai pris contact avec une association suisse afin d’y pouvoir faire un autre choix, celui d’un départ rapide puisque ma seule issue était la mort.

Cela demande beaucoup d’argent : la prise en charge elle-même, le voyage, l’hébergement sur place lorsque l’on vient de loin.
Ajoutez à ceci le fait d’être encore capable physiquement de se déplacer.

Vous avez dit ÉGALITÉ ?

Lorsque je demandais aux médecins si je pouvais compter sur une espérance de vie d’un mois et demi, le temps moyen pour régler les problèmes administratifs auprès de l’association, ils m’ont répondu « Je ne peux pas vous dire… ça dépend… » . Manque de sincérité, de franchise, de courage.

Vous avez dit FRATERNITÉ ?

C’est en Suisse que j’ai rencontré ces trois valeurs qui sont pourtant celles de la République française. Merci à ce pays juste et compassionnel. Et bien sûr, la solidarité je l’ai rencontré auprès de mes amis de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité qui ont tout fait pour faciliter mes démarches.

L’engagement 21 du président Hollande, non tenu, qui s’enlise dans sa mise en place de missions et rapports successifs verra-t-il le jour ? J’aurais aimé en profiter et ne pas avoir à m’exiler en Suisse. J’en veux à ce président en qui j’avais fait confiance en lui donnant ma voix. Mais je sais que mes amis militants et les 92% de français favorables à une loi de liberté qui permet à chacun de choisir sa fin de vie ne baisseront pas les bras et que la victoire est proche."

Nicole Boucheton

 

La polémique Ouest-France

Voici l'avis de décès adressé à Ouest-France, par son époux et sa sœur :

"Alain Siouville, son époux,
Françoise Boucheton, sa soeur,
vous font part du décès de
Nicole Boucheton
Vice Présidente de l'ADMD
à l'âge de 64 ans,
contrainte de s'exiler en Suisse, pays humaniste, pour y mourir selon sa volonté le 7 août 2014."


Le journal régional a refusé de publier l'avis de décès tant que ne serait pas retiré la mention de son départ en Suisse. Son argumentation se porte sur le fait qu'un engagement politique et le qualificatif "humaniste" apposé à ce pays, n'ont rien à faire dans la rubrique nécrologique.

Et pourtant ce sont bien là les seuls propos de Nicole Boucheton et de sa famille, et non ceux du journal, et la dernière volonté de Nicole Boucheton que d'expliquer son départ en Suisse.

 

Que s'est-il passé d'autre cet été pour la proposition 21?

Rien !!!

Après avoir nommé Jean Léonetti (UMP) et Alain Claeys pour une énième mission de réflexion sur la possibilité d'évolution de la loi encadrant la fin de vie, rien de nouveau sous le soleil!

En attendant des situations inextricables mènent des séniors, des malades, des personnes à subir une fin de vie douloureuse ou à s'exiler dans des pays dont la législation permet le suicide assisté.

C'est ainsi qu'on apprend que le nombre de suicide assisté en Suisse a doublé et que les candidats à l'exil en Suisse sont toujours plus nombreux.

Il est temps de faire respecter la proposition 21 !

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Pour aller plus loin :

- Le retour de Jean Léonetti !!!

- Léonetti, encore et toujours !

- Ce qui s'est passé avant l'été (actus du mois de juin)

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Portrait : photographie de profil twitter de @NikelleB (Nicole Boucheton)

Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Actualités, Entretiens - Témoignages, Informations | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |

10/08/2014

"Elle demandait la mort aux médecins" : Le témoignage de Joset Chotard, sur le "berry.fr"

La récente affaire Bonnemaison réveillant le tabou de l’euthanasie a forcé Joset Chotard à témoigner de la souffrance de sa femme, défunte.

Les larmes sont bouillantes. Et ses mains sèches pleurent de tous ses doigts sur la toile cirée. « Merci de m’avoir lu, un pauvre vieux qui vous dit salut. » Il y a des courriers de lecteurs qui vous retournent les tripes et poussent à savoir qui tient le stylo. Qui calligraphie de telles lettres majuscules sur une feuille à petits carreaux, découpée aux ciseaux ? Qui, à quatre-vingt-six ans, « bac moins cinq », demande d’« oublier les fautes » de son témoignage écrit, pour que sourde, uniquement, la douleur d’un homme qui « souhaite à tous les anti-euthanasie de terminer dans les mêmes conditions que ma pauvre femme que j’aimais tant » ?

Sur la pointe du Pays Fort, Joset Chotard, 86 ans, pleure sa solitude béante. Chaque soir depuis un an, son sommeil le fuit, distrait par les mêmes images. « Chaque matin, je voudrais ne pas me réveiller. »

La fin d’une vie, c’est aussi, souvent, la fin d’une autre, de celui ou de celle qui reste, avec son impuissance plein les bras. « Docteur, faites-moi une piqûre, demandait-elle aux médecins, aux infirmières et même, à la fin, aux femmes de ménage. » [...]

Lire la suite sur le site du berry.fr

article de Rémy Beurion


Quelques jours plus tard l'ADMD explique, dans ce même média, pourquoi elle réclame une loi pour le Droit de Mourir dans la DIgnité :  Lire l'article

Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Entretiens - Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |

06/02/2014

Christophe Michel sur France Info : Vincent Lambert a soulevé la question des directives anticipées !

euthanasie,fin de vie,droit de mourir dans la dignité,admd,vincent lambert,directives anticipées,soins palliatifs,jean-luc romero,mourir,dignité,suicide assisté,droit,loi,suicide médicalement assisté,fichier national,directives opposables,solidarité Christophe Michel, Secrétaire Général de l'ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) fait le point sur les directives anticipées et la prise de conscience générale due à l'"affaire" Vincent Lambert.

Une interview claire, qui montre combien les français sont préoccupés par la qualité de la fin de vie et qu'ils ne souhaitent plus attendre, pour une loi de liberté. Il est temps de refaire une loi encadrant la fin de vie.

 

 

1 - La vidéo


Christophe Michel : "Chacun doit être libre de... par FranceInfo

 

2 - Le Verbatim

Christophe Michel, émission France Info, le Grand Témoin, le 6 février 2014.

C'est aujourd'hui que le Conseil d’état examine le cas de Vincent Lambert, qui a beaucoup beaucoup secoué le pays, c'est le moins qu'on puisse dire. On a déjà reçu ici l'ADMD, c'était en l’occurrence Jean-Luc Romero, on a eu envie de vous réentendre parce que vraisemblablement il se passe des choses dans la société française; à la faveur de ce débat. Chez vous, par exemple, et c'est affiché sur le site, vous avez une montée en flèche des adhésions.

 Déjà nous avons une ligne d'écoute, qui s'appelle ADMD écoute. On s'est rendu compte que depuis l'affaire Vincent Lambert, même si en dehors de cela on a de plus en plus d'appels, il y a avec le cas de Vincent Lambert, un nombre d'appels que nous n'avons jamais eu.

Pourquoi? Pour une raison simple, c'est que les gens ont compris l'utilité des directives anticipées. Même si la loi Léonetti, malheureusement, ne reconnait pas tout dans les directives anticipées. Mais c'est une petite avancées sur les directives anticipées.

Et les gens ont compris que, malheureusement, la loi actuelle était mauvaise. Et ils sont dans cette certitude de se dire, moi je préfère avoir mes directives anticipées, même si je sais qu'elles ne seront pas totalement respectées, mais au moins, avec ces directives anticipées on pourra être respectés un minimum.

 

D'ailleurs, justement quand on vous appelle on vous demande quoi? On vous demande ce qu'il faut faire comme démarche? Ce qu'il faut mettre à l'intérieur? Ou on peut les trouver? Qui je doit prévenir? C'est des choses aussi concrètes que ça?

Il y a deux types d'appels. Le premier qui est de dire, moi j'ai envie d'avoir des informations sur toutes ces questions de la fin de vie, quelle est la loi léonetti? est-ce qu'elle est une bonne loi, en tous cas quels sont les critères qui peuvent m'aider si je suis en fin de vie?

Et il y a le deuxième qui est, je veux faire mes directives anticipées. Parce qu'aujourd'hui l’État reconnait ces directives anticipées mais il n'y a pas de modèle tout de même. Nous à l'ADMD ...

 

Vous en avez un, si on va sur le site. Il n'y a pas que vous d'ailleurs, il y en a plein le net.

Nous on a fait un fichier national, on a à peu près 40 000 directives anticipées, dont 10 000 ne sont pas forcément des adhérents. Et le but c'est que l'on puisse réussir à créer ce fichier national.

Les gens qu'est-ce qu'ils nous demandent? Ou je peux trouver ce modèle? Où je peux, en tous cas, mieux m'informer sur ces directives anticipées? A qui les transmettre? Car il faut savoir aussi à qui les transmettre. Aujourd'hui, malheureusement, vous arrivez dans un hôpital et bien aucun fichier n'existe. Donc le médecin ne peut pas savoir quelles sont vos directives anticipées.

 

A terme, ce que vous souhaiteriez, c'est qu'en cas de problème dans un hôpital, on vous appelle. Est-ce que vous avez les directives anticipées d'une personne dont le nom est...

A terme oui. Évidemment, nous on est candidats à l'ADMD pour gérer ce fichier national, sachant qu'on l'a déjà. Mais l'intérêt, bien évidemment, c'est qu'il puisse y avoir un vrai fichier national. Voire aussi les mettre sur la carte vitale. Le problème aussi c'est que la carte vitale est une carte qui n'est pas assez sécurisée. Parce que nous on demande depuis très longtemps que ce soit sur la carte vitale. Ce serait quand même plus facile que le médecin puisse insérer la carte vitale et prendre connaissance directement des directives anticipées.

 

Qui vous pose ces questions là? Des personnes âgées qui sont potentiellement en train de mourir, j'allais dire, on met les guillemets. Ou justement aussi des gens qui sont tout jeune, de votre âge, ou d'autres âges... pour la suite?

Il y a 3 cas.

Il y a déjà les proches, qui s'inquiètent pour leurs proches qui sont en fin de vie. Il y a ceux qui s'intéressent pour eux même, pour leurs propres directives pour quand je serai en fin de vie ou qui sont en fin de vie, il y a les deux cas, et qui préfèrent anticiper les choses et être dans un cas bien sécurisé et ils y a les autres qui on envie de se battre pour cette liberté. Moi j'ai 27 et ça va faire plus de 5 ans que j'ai mes directives anticipées. Et pourtant je ne suis pas à l'heure actuelle en fin de vie. Mais je me dis, attention on ne sait pas. Tout peut arriver, en tous cas on a une certitude, c'est qu'on va tous mourir.

L'éternité c'est long, surtout vers la fin!

mais on ne sait pas comment.

 

Est-ce que vous diriez que c'est un peu la vertu en fait de cette affaire Lambert. Qui est une affaire douloureuse pour tout le monde, y compris la famille des deux côtés. Est-ce que c'est pas la vertu de cette affaire ou au moins le débat qui va, qui doit, avoir lieu ne sera pas celui qui aurait pu avoir lieu sans l'affaire Lambert. Est-ce qu'on ira plus loin quand on va mettre les choses sur le tapis?

Plus loin, je ne sais pas. Mais les Français ont enfin compris, vous savez les sondages c'est 9 personnes sur 10 qui sont favorables à une loi légalisant l'euthanasie et le suicide assisté. Je pense que l'affaire Lambert à remis au point sur les directives anticipées. Je pense que les gens ont vraiment compris. La majorité des gens qui nous appellent ont compris que la loi Léonetti posaient des problèmes, qu'elle ne résout pas tout. Je pense qu'ils ont tous compris que Léonetti pensait qu'on était dans un pays de Bisounours où tout le monde pouvait mourir tranquillement, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Nous sommes pour les soins palliatifs universels, mais ça ne résout pas tout. A un moment donné, il faut arrêter l'hypocrisie. Sortir de cette hypocrisie totale en France, arrêter de dire que l'euthanasie n'existe pas dans notre pays. Et peut-être qu'en effet ce débat sur l'affaire Lambert va peut-être nous sortir de cette hypocrisie, en tous cas de cette hystérie sur l'euthanasie qui fait peur à tout le monde, en tous cas aux anti-euthanasie. Alors que la vraie question c'est de savoir que souhaitent les patients en fin de vie, qu'on souhaite l'euthanasie ou pas. La vraie question c'est que grâce à ces directives anticipées on puisse respecter chaque personne qui le souhaite, c'est ça la vraie question. C'est que mon corps m'appartient. Chacun peut l'estimer, en tous cas j'estime que mon corps m'appartient. Chacun doit être libre de choisir sa fin de vie ou en tous cas de choisir sa vie libre.

 

Est-ce que le contexte vous semble favorable ou au contraire très défavorable à ce genre de questions? On voit bien que les questions de société sont très compliquées à faire passer en ce moment. Et parce qu'elle concerne aussi des groupes qui sont très impliqués sur la fin de vie, en particulier les gens qui sont très religieux.

Je pense qu'il n'y a pas forcément de craintes à avoir, c'est différent, même si...

 

Est-ce qu'on est dans le même cadre que ces questions sociétales qu'on examine aujourd'hui? Ou au contraire, il faut peut-être en sortir.

Aujourd’hui, la majorité des gens qui manifestent, qui sont à la manif pour tous ou des ultra-cathos on va dire, sont évidemment anti-euthanasie. Mais ce sont les mêmes qui sont anti IVG, ce sont les même qui sont anti mariage pour tous, donc à la fois ça ne me fait pas peur, surtout que les sondages ne sont pas les mêmes. On le voit bien, 9 français sur 10 sont favorables à une évolution de la loi, plus de 66% des médecins sont aussi favorables à une évolution de la loi. Donc même si il va y avoir des ultra cathos qui seront mobilisés contre, ça ne sera pas la majorité des gens.

 

Vous pouvez pâtir de ce contexte? Pour un débat serein, est-ce que vous pourriez pâtir de ce contexte?

Nous on essaye d'expliquer à tout le monde, même à ceux qui sont anti. Même à Christine Boutin par exemple, qui est contre l'euthanasie. Mais une loi protège les plus faibles, donc une loi permet que chacun puisse être respecté. Et si les directives anticipées étaient opposables aux médecins, cela veut dire que la volonté de la personne primerait quoiqu'il arrive, à la fin. Mais ça permet de respecter tout le monde; même quelqu'un qui est totalement opposé à la légalisation de l'euthanasie.

Nous, évidemment, à l'ADMD on est favorables à une évolution de la loi. Mais ça veut dire que si il y a l'euthanasie, personne ne sera forcé à avoir l'euthanasie, c'est juste un choix. Je pense qu'il faut réexpliquer que la loi permet un libre choix et pas une obligation, bien évidemment. Et puis le médecin sera aussi libre de le faire ou pas, comme l'IVG.

 

Vous dîtes d'aller plus loin sur la loi. Est-ce qu'on la jette et on la refait la loi Léonetti ou est-ce qu'on en garde tout de même des bouts?

 Je pense qu'il faut la refaire en profondeur, mais ce n'est pas refaire une loi Léonetti de gauche, il faut tout refaire. Je pense qu'il faut même carrément la jeter et la reconstruire en entier. Et j'espère qu'on va le faire rapidement, car les français qui sont dans des souffrances insupportables ont besoin d'une loi maintenant. C'est pas demain malheureusement! Evidemment, il va y avoir les municipales, mais il va falloir le faire juste après, et il faudra refaire toute la loi. Ce ne sera pas, juste 2/3 points à rajouter, malheureusement on le voit bien, la loi Léonetti ne fonctionne pas.

 

En attendant il y a le Conseil d’État, est-ce que vous attentez quelque chose du Conseil d’État?Est-ce que vous pensez que, dans les mains de ces sages là, au moins le cas de l'affaire Lambert sera tranché?

 Moi j'attends quelque chose, juste humainement, pour Vincent Lambert. Qui, lui, ne souhaite plus vivre, en tous cas c'est ce qu'il avait exprimé personnellement à son épouse. Pour moi j'attends rien, ce n'est pas la justice de la France, c'est la justice des Républicains, donc c'est à l'Assemblée Nationale, c'est nous en tant que citoyens qui devons faire la loi : donc c'est le Parlement.

 

3 - Pour en savoir plus

Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Actualités, Entretiens - Témoignages, Vers une loi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |