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10/10/2013

Le sens de l'agonie?

Il n’est qu’un sens à l’agonie, celui qui va vers la mort. Il n’est point de retour, il n’existe que des détours offerts par la médecine pour arriver au même point, au même but, à la mort.

Le sens de l’agonie ! Sa direction, sa signification, son ressenti ? Les trois s’en trouvent modifiés en fonction de nos convictions et de ce « je ne sais quoi » qui fait de nous des individus, des êtres humains uniques ! Certains portent et projettent leurs convictions sur la société, or il ne faut céder à ces extrêmes (ni croire parce qu'elles sont plus présentes, qu'elles correspondent à l'opinion de la majorité), ni aux idéologies qui ne correspondent pas à cette société ! C’est aussi cela la Démocratie.

nawak,agonie,sens,euthanasie,souffrance,solitude,spiritualité,signification,jésus,chrétiens,catholiques,fin de vie,suicideCe moment dont nous ont tant parlé le député Léonetti et les médecins auditionnés par les missions de réflexion, peut être un temps pour retrouver Dieu, pour accepter la mort. Ce pour la famille et pour la personne en train de mourir, un temps nécessaire parfois !

Mais qu’en est-il de ces impies non croyants et ceux qui ne souhaitent pas de ce moment là ? Un temps rendu plus long par la science, psychologiquement plus douloureux et toujours plus solitaire !

 

ci dessus, illustration de Nawak,

de propos entendus à l’Hôpital

 

Mais aussi un temps de souffrances… de solitude… l’agonie qui se prolonge est loin de se résumer à l’accomplissement d’un devoir spirituel.

 

L’arrivée des rites : se rassurer

Selon Edgard Morin (Le paradigme perdu : la nature humaine, Seuil (Points), 1973, p. 107-111) les premiers rites funéraires chez les néanderthaliens et les sapiens nous apprennent la prise de conscience du temps et de la transformation. Ils nous renseignent également sur la mise en place d’un « appareil mythologico-magique » et d’un nouvel « épicentre qui est la conscience de soi ».

Cet « appareil mythologico-magique » est mis en place tant pour contrer la violence de la transformation, qui éveille chez les vivants la souffrance de la perte et la volonté d’une « amortalité individuelle », que pour se prémunir de l’irritation du mort. Il y a donc à la fois une croyance de la perte et de la transformation, qui impacte les vivants.

Se mettent alors en place des rites funéraires, reconnus pour leur efficacité ils sont répétés et reproduits pour endiguer la souffrance des vivants et honorer les morts. Pour Jean-Pierre Bayard ces « rites commencent avec l’agonie ».

 

L’agonie au XIXème siècle : un cérémonial orchestré par le mourant

Philippe Ariès (L’Homme devant la mort, tome II, Seuil, 1977) nous apprend que jusqu’au XIXème siècle c’est le mourant qui décide, qui préside la cérémonie publique de la mort. Celui-ci est assisté par le médecin et le prêtre, pour le respect du protocole de ce cérémonial rythmé. Jusqu’à la fin du XVIIIème on entrait librement dans la chambre du mourant, qui était envahie de personnes ayant vu le cortège entrer, les enfants sont présents ils ne sont pas écartés de cette mort et le caractère dramatique et émotionnel n’a pas cours comme c’est le cas de nos jours.

La mort est considérée, jusqu’à notre époque moderne, on s’y soumettait, et on l’intègrait dans les cérémonies, réglées par la société et le cadre religieux. Jusqu’aux années 30 la mort donnait lieu à une cérémonie quasi publique rythmée par le mourant, la famille et les amis étaient réunis autour du lit, qui suivaient tous les épisodes d’une agonie souvent très douloureuse mais courte.

 

La solitude du mourant aujourd’hui

Aujourd’hui deux grands changements semblent avoir transformé ce cérémonial invitant les proches à assister l’agonie, la dépossession de lui même du malade et la durée de ce moment. En effet la médecine a fait de tels progrès que l’agonie se prolonge, des jours, des semaines, des mois, quand elle ne durait que quelques heures ou quelques jours.

De plus la famille, le médecin et parfois le prêtre (ou autre référent religieux) agissent comme si le malade n’était pas là, n’avait pas le droit de décider, ne devait pas même savoir que la fin s’approche, ce n’est que lorsqu’il sombre dans l’inconscience qu’ils veillent l’agonisant en acceptant qu’il va mourir. Le malade n’est ainsi pas informé de l’issue fatale de son état, il est d’autant plus seul dans le silence et dans le refus de la mort. Il n’a plus le temps comme il était coutume de s’occuper de ses affaires, comme le « riche laboureur » de la fable de la Fontaine « sentant sa mort prochaine », l’on est malade, jamais mourant.

 

La solitude du mourant dans notre société est tant dans cet état psychologique et de mise sous tutelle que physique et réelle.

Pour revenir à la question de l’agonie et de son sens, comme se questionne A.Kahn (l’ultime liberté ?, éditions Plon, 2008, P 94), elle n’est pas liée au patient mais bien à l’entourage qui intègre l’agonie dans son rituel pour se rassurer de la mort.

Mais alors à qui sert l’agonie des 75%  (85% en IDF) de personnes qui meurent à l’hôpital, dont 76% meurent seules, sans la présence de leurs proches.

En 1960, elles n’étaient que 30% à mourir à l’hôpital. (Enquête nationale de 2005 sur la prise en charge des malades en fin de vie.)

Ce qui n’est pas vu par les « vivants » et est vécu comme un échec par l’équipe médicale, sert-il encore le rite funéraire ?

Écrit par Mélanie RAPHAËL-BÉTHUNE dans Réflexions personnelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |

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